Argumentaire sur les migrations par Jean-Pierre Cavalié.

mercredi 2 mai 2012

Comment utiliser l’argumentaire ?

Un argumentaire ne doit pas être utilisé comme une arme pour faire taire, pour affirmer sa « supériorité », pour dominer en quelque sorte et éliminer l’opposition. Sinon nous sommes nous aussi dans des logiques de guerres, de haine, de domination et nous cherchons seulement à ce que le « gagnant » change de « camp ». Car pour nous, le problème n’est pas de mettre hors-jeu le dominateur, mais d’abolir toute domination. D’autant que la domination est complexe ; elle implique bien entendu son « bras armé » et ceux qui donnent les ordres, mais aussi ceux qui les transmettent, ceux qui les banalisent, ceux qui se taisent ou n’osent pas réellement s’opposer. En fait, ce qui existe, ce n’est pas tant un dominateur qu’un ordre de domination ; c’est lui qu’il faut changer et cela passe forcément par le courage des remises en causes et de nouveaux comportements, sans oublier une autre conception de la vie.
D’autre part, l’insécurité n’est pas un fait objectif, mais un sentiment, ce qui explique pourquoi elle est si facilement manipulable. Je peux dire : Je me sens en insécurité ! La question est alors de savoir pourquoi. Et l’insécurité est polymorphe : elle est affective, physique, sociale avec des aspects financiers, alimentaires, sanitaires, énergétiques, elle touche au travail, au logement, bref, à la vie. Or, le sentiment d’insécurité – qui s’appuie bien entendu sur des faits plus ou moins objectifs- passe facilement d’un domaine à un autre : je suis au chômage, dans un logement que je n’arrive plus à payer, je déprime... comme l’eau ou la pression, si elle ne peut pas sortir d’un côté, elle sortira par un autre. Et il est plus facile de se laisser à la
xénophobie par rapport à des boucs émissaires désignés d’office, officiellement, que de lutter pour changer un ordre social et économique.
C’est donc une histoire de poupées russes : la xénophobie cache un sentiment d’insécurité qui cache des souffrances et des peurs face à des mal-vivres d’ordre socio-économiques. Or, quand on souffre et que l’on a peur, on a d’abord envie de pouvoir le dire, d’être écouté, on recherche la compassion, pas la morale et encore moins les accusations supérieures, sinon on va être encore plus en colère et donc ne pas écouter l’autre. Je dis « on », car nous sommes tous concernés. Personne n’est exempt de xénophobie ; je peux
simplement dire : j’essaye de ne pas tomber dans un tel sentiment. Et si j’y arrive, est-ce que je contribue à lutter contre les problèmes de fond ? Nous avons donc tous besoin de nous remettre en cause, et c’est ensemble qu’on peut le faire, sans se juger et encore moins se condamner, mais en s’aidant mutuellement à relever ce défi d’une autre société possible dans « un autre monde possible ». C’est ce que Paolo Freire a appelé la « conscientisation ». Notre démarche s’inscrit dans cette approche non-violente.
Je n’ai bien entendu pas passé en revue toutes les questions liées au sentiment d’insécurité, mais celles qui reviennent le plus facilement : le « risque d’invasion » par les étrangers, le coût social et économique qu’ils représentent, l’emploi et le chômage, les histoires financières et enfin la délinquance. Ces chapitres pourront bien sûr être complétés. N’oublions pas, enfin, que les chiffres évoluent tout comme les situations ; il est donc important que les réactualiser annuellement...

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Argumentaire sur les migrations
Argumentaire Migrations – Jean-Pierre Cavalié – Mai 2012

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